La prose du Medef à l’assaut des lycées !

L’Institut de l’entreprise, think tank proche du patronat, veut diffuser un journal néolibéral d’actualité économique. A la suite de cet article publié par le journal l’Humanité du 7 septembre, le ministère de l’Education nationale a démenti soutenir le journal « Actueo ». Les professeurs de sciences économiques et sociales savent pourtant  bien que le partenariat de l’EN avec l’Institut de l’entreprise (IDE) est  une réalité. Ils ont déjà été sollicités pour diffuser auprès de leurs élèves ce type de journaux pour les lycéens. Le combat pour le pluralisme de l’enseignement de l’économie au lycée comme à l’université est un combat pour la laïcité, il est loin d’être gagné.   JLLG

Ci-dessous, l’article de Charles Thiefaine et d’Alexandre Fache:

Actuéco, la bonne parole néolibérale à l’assaut des lycées!

L’Institut de l’entreprise, think tank proche du Medef, a dévoilé fin août un projet de journal d’actualité économique très orienté, à destination des professeurs de sciences économiques et de leurs élèves. Une initiative soutenue très officiellement par le ministère de l’Éducation nationale…

Les lycéens goûteront-ils bientôt aux joies de la propagande néolibérale ? C’est le souhait, en tout cas, de l’Institut de l’entreprise (IDE). Ce think tank proche du Medef a dévoilé, fin août, un prototype de journal d’actualité qu’il compte bien distribuer sous format PDF à tous les profs de sciences économiques et sociales (SES) et à leurs élèves. Une parution très orientée où cohabitent sans gêne les logos des Échos et celui de l’éducation nationale…
Dévoilé les 25 et 26 août lors des rencontres « enseignants-entreprises » coorganisées par le ministère et l’IDE, le numéro zéro de ce journal donne le ton. En fait d’actualité économique, il vante à loisir les mérites de l’entreprise et de l’économie de marché. La une s’ouvre avec ce titre tout à fait objectif : « Les Français largement favorables à un assouplissement du marché du travail. » Plus loin, un autre article explique à nos chères têtes blondes « Pourquoi il va bien falloir finir par toucher au Smic ». Des papiers tirés pour l’essentiel du quotidien les Échos qui constituent une véritable atteinte à la neutralité et à la pluralité de l’éducation nationale. En dernière page, Actuéco ouvre aussi ses colonnes au secrétaire général du groupe Carrefour qui loue, dans une longue tribune, la « qualité des produits » et le « sens du service » du géant de la distribution…
Les intervenants sont tous de la chapelle orthodoxePour l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses), le véritable problème est le partenariat exclusif que l’éducation nationale a noué depuis plusieurs années avec ce think tank néolibéral. « L’IDE est le seul à assurer des formations pour les enseignants de SES », relève Erwan Le Nader, président de l’Apses. Les intervenants sont des économistes, des universitaires et chefs d’entreprise, tous de la chapelle orthodoxe. « Aujourd’hui, avec ce journal, on va encore plus loin. Il n’y a pas, dedans, de contrepoids idéologique. Imaginez qu’il n’y ait que des articles de l’Humanité dans cette parution à destination des profs et des élèves. Le problème serait le même. » Dans un communiqué, le Parti de gauche a lui aussi fustigé ce « manuel de propagande visant à endoctriner les jeunes esprits en formation ». « Ce qui est grave, explicite Paul Vannier, chargé del’éducation au PG, c’est le caractère officiel de l’initiative, présentée dans le cadre du plan de formation des enseignants de SES, avec le logo du ministère. C’est pourquoi nous demandons des explications à Najat Vallaud-Belkacem. S’agit-il d’un dispositif pérenne ? Évidemment, nous ne le souhaitons pas. »
L’objectif de ce lobbying : faire aimer le néolibéralisme aux jeunesHier, la Rue de Grenelle n’avait pas répondu aux inquiétudes du PG, ni à celles des enseignants de sciences éco. Bien en cour du côté du ministère, l’Institut de l’entreprise continue, lui, de mettre à disposition un site, baptisé Melchior, destiné à appuyer le programme de SES. À titre d’exemple, on peut y lire à propos de la politique d’austérité en Europe : « Depuis quelques années, l’Espagne, l’Irlande et l’Italie ont engagé un ensemble de mesures destinées à redresser l’état de leurs finances publiques, ainsi que des mesures structurelles visant à améliorer la compétitivité de l’économie sur le long terme (réformes du marché du travail, du système de retraites, du secteur bancaire, de l’école, etc.). Même si la situation de ces pays demeure fragile à bien des égards, les politiques conduites commencent à porter leurs fruits, contrairement à la thèse qui dénonce les risques déflationnistes associés aux politiques de rigueur. »
L’objectif de ce lobbying est clair : faire aimer le néolibéralisme aux jeunes. C’est notamment le dada de Michel Pébereau, président d’honneur de BNP Paribas et ancien responsable de l’IDE. En 2005, il résumait ainsi son objectif : « Il serait peut-être bon d’effectuer un travail pédagogique de fond sur nos lycéens, comme cela a été fait par les entreprises depuis vingt ans auprès de leurs salariés, afin de les sensibiliser aux contraintes du libéralisme et à améliorer leur compétitivité en adhérant au projet de leur entreprise. » Désormais avec la complicité assumée du ministère de l’Éducation nationale ?

 

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