Elections anticipées en Grèce: différentes approches

Vous trouverez, ci-dessous, deux documents pour les prochains débats:  l’un du PCF, l’autre du nouveau parti grec « Unité Populaire ».

Nouvelles élections en Grèce : Une leçon de démocratie de plus

L’annonce de la démission d’Alexis Tsipras et de la tenue de nouvelles élections législatives en Grèce avant la fin du mois de septembre n’a pu surprendre que ceux qui – avec « l’accord du 13 juillet » et le « 3e plan d’aide » d’août – nourrissaient l’illusion ou l’espoir que le peuple grec et son premier ministre avaient définitivement été battus dans leur exigence d’une rupture avec les politiques d’austérité et de reconquête démocratique.

Le discours tenu au soir du 20 août est un discours d’appel à la mobilisation et à la riposte du peuple grec. Un chapitre effectivement se ferme, un nouveau s’ouvre déjà appelant les Grecs à se mobiliser pour se doter d’un gouvernement qui luttera contre l’impact de ces mesures austéritaires sur les classes populaires et pour « regagner [leur] souveraineté face aux créanciers ». On est loin d’un renoncement et d’une trahison mais bien dans un combat politique âpre.

Une petite musique s’installe pour faire accroire qu’Alexis Tsipras entend « donner des gages » aux créanciers de la Grèce, ou encore que ce scrutin ne viserait qu’à « sauver Syriza » ou « à régler ses problèmes internes » – ce que le dirigeant grec a précisément refusé. D’autres grands analystes se font fort de présenter à l’opinion publique française l’image d’un dirigeant qui aurait tourné casaque. Il ne vient à personne, parmi ces grands esprits, l’idée que c’est le principe démocratique qui guide l’action du premier ministre grec lorsqu’il déclare à son peuple le 20 août : « Jugez-moi par un vote ». Tout ceci n’a pour unique objectif que de redorer le blason de ceux qui, en France même et à commencer par le président Hollande, ont jeté le gant sans même tenter de combattre les impératifs de l’austérité.

Le débat sur la nature de la construction européenne et son avenir que le peuple grec a ouvert ne se résume pas à une alternative qui serait soit « accepter l’austérité » soit « prôner la sortie de la zone euro » voire de l’UE. Le peuple grec a, par ses votes les 25 janvier et 5 juillet, affirmé avec force l’exigence d’une autre Europe : solidaire et non austéritaire.

Lydia Samarbakhsh, responsable des Relations internationales

« GRECE : L’ « UNITE POPULAIRE EST NEE » !

Tôt dans la matinée, 25 députés de SYRIZA ont quitté le groupe parlementaire de leur parti pour créer un nouveau groupe sous le nom d’Unité Populaire. La plupart de ces députés sont affiliés à la plateforme de gauche, mais d’autres également se sont joints comme Vangelis Diamantopoulos ou Rachel Makri, un proche collaborateur de Zoe Kostantopoulou.

C’est une évolution majeure dans la politique grecque, mais aussi pour la gauche radicale, en Grèce et à un niveau international.

Trois éléments doivent être soulignés.

Le premier est que « Unité Populaire » est le nom du nouveau front politique qui regroupera les treize organisations de la gauche radicale qui ont signé le texte du 13 août appelant à la constitution du Front du Non. Ce Front est, par conséquent, le premier résultat concret d’une recomposition au sein de la gauche radicale grecque. Une recomposition qui tire les leçons de ces cinq dernières années et bien sûr, de l’expérience de Syriza au pouvoir et de la catastrophe qui en résulte. Mais le but du Front est plus large que ça, c’est de donner une expression à ces forces sociales qui ne reconnaissent pas nécessairement comme faisant partie de la gauche mais veulent se battre contre l’austérité, les mémorandums et le retour de la Troïka via le nouveau mémorandum.

Le deuxième est que l’objectif du front est de constituer l’expression politique du Non, comme il a été exprimé dans les élections de janvier et lors du référendum du 5 juillet. Les principales lignes programmatiques sont la rupture avec l’austérité et les mémorandums, le rejet de tous les privatisations et la nationalisation sous contrôle social des secteurs stratégiques de l’économie, en commençant par le système bancaire, l’annulation de la majeure partie de la dette grecque (en commençant par l’arrêt immédiat du remboursement) et, plus largement, un ensemble de mesures radicales qui feront pencher l’équilibre des forces en faveur du travail et des classes populaires et qui ouvrira le chemin de la reconstruction progressiste du pays, de son économie et de ses institutions.

Ces objectifs ne peuvent être réalisés sans sortir de la zone euro, comme la récente catastrophe l’a abondamment démontré, et sans rompre avec l’ensemble des politiques institutionnalisées par l’UE. Le Front luttera également pour un combat internationaliste unitaire autour d’objectifs communs à l’échelle européenne et internationale et appuiera la sortie de l’OTAN, la rupture des accords existants entre la Grèce et Israël et l’opposition radicale aux guerres et interventions impérialistes. Ce programme de transition se place dans la perspective d’un socialisme du 21ème siècle.

Le troisième est que ce nouveau groupe parlementaire est maintenant le troisième en taille au parlement grec, devant Aube Dorée, le parti néonazi. Cela signifie que, dans les prochains jours, son dirigeant, Panagiotis Lafazanis, aura un mandat de constituer un gouvernement qui durera pendant trois jours, comme le stipule la constitution grecque. Après la démission du gouvernement Tsipras ce mandat est maintenant entre les mains de la deuxième partie du Parlement, la Nouvelle Démocratie, le principal parti d’opposition de droite. Ce laps de temps sera utilisé par l’Unité Populaire pour déclencher un vaste débat et la mobilisation de toutes les forces sociales qui veulent combattre l’austérité et les mémorandums, les précédents ainsi que le nouveau.

Le programme du parti et l’ensemble de ses soutiens parmi lesquelles des personnalités de la gauche grecque, ce qui devrait être assez impressionnant, seront rendus publics en début de la semaine prochaine. »

Athènes, le 21 août 2015

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